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jeudi, 27 août 2009

Interview sur Sommelier.it

Une interview de moi-même vient d'être publiée sur sommelier.it. Elle est faite par Franco Ziliani, critique oenologique (et polémique) plutôt réputé en son pays pour ce site qui est la gazette de l'AIS (Associazione Italiana Sommeliers). Nous nous sommes connus par nos blogs respectifs, et Franco a trouvé intéressant d'interviewer un français d'origine française connaissant les vins italiens et voulant les faire découvrir aux nantais (et plus si affinités).

L'interview est en italien, je vais donc vous la retranscrire ici :

Auriez-vous jamais imaginé qu'en France, on pourrait trouver quelqu'un qui se soit tellement passionné pour nos vins, tout en vivant dans un pays se considérant comme la capitale du vin et pouvant s'identifier totalement avec le vin de qualité, au point de non seulement en devenir,un fier supporter mais également d'ouvrir un bar à vins entièrement dédié aux vins italiens ?

Cela semble impossible, pourtant, à Nantes, chef-lieu du département de Loire-Atlantique et de la région de la Loire, Armel Michenaud (sur la photo), a ouvert CasaVino, un lieu spécial, entièrement dédié à l'offre, également au verre, et à la vente d'une riche série de vins sélectionnés par lui-même.

Et de plus, pour raconter, en français et aux français, la diversité et la qualité de ces vins dont il est tombé amoureux, Armel, jeune entrepreneur, a carrément ouvert un blog, où il témoigne de ses expériences, fruit entre autres de voyages, de rencontres avec les producteurs et de parcours dans les vignobles italiens, avec les vins de nous, les "cousins".

Pour comprendre comment tout cela est arrivé, et comment cela se passe désormais, j'ai demandé à Armel de raconter son expérience et quels sont les points forts et faibles des vins de chez nous en terre française.

Quand ta passion pour le vin a-t-elle commencé ? Comment s'est déroulé ton itinéraire professionnel et comment est né CasaVino ?

Tout s'est déroulé par étapes. Mon grand-père, aux alentours de Nantes, sur les bords de loire, produisait du vin en petites quantités, surtout pour son usage personnel, mais aussi destiné à fournir des producteurs pour des assemblages. On ne peut pas parler de grands vins, même si un vin plutôt puissant, expression d'un cépage rare comme le léon millot, se démarquait nettement des autres.

Pendant longtemps, j'ai bu un peu de vin seulement à l'occasion de fêtes de familles ou exceptions de ce genre. Ensuite, j'ai commencé à m'intéresser au vin simplement parce que, dans la grande famille des boissons alcoolisées, c'était cela qui me plaisait et me surprenait le plus. Et ainsi, progressivement, j'ai commencé à découvrir le vin, en dilettante, plus qu'en vrai passionné. L'aspect le plus surprenenant, en tant que français, est que j'ai commencé à m'intéresser sérieusement au vin seulement lors de mone expérience professionnelle à Milan, alors que j'étais responsable du contrôle de gestion de la filiale italienne d'une entreprise s'occupant de grande distribution dans le secteur de l'habillement.

De retour en France, en 2004, j'ai sérieusement commencé à me demander ce que je voulais faire et j'ai pensé qu'il était l'heure d'abandonner le secteur dans lequel j'opérais et de choisir quelque chose d'original en France et j'en suis arrivé à conclure que le vin italien faisait désormais partie de mes compétences et que peu de français pouvaient prétendre s'y connaître.

J'aurais pu choisir de m'occuper d'importation de vins italiens pour les vendre à la restauration et aux grossistes, mais j'ai pensé que je me divertirais plus à les proposer au consommateur final. C'est ainsi que j'ai pensé à donner vie à un bar à vin dédié aux vins italiens.

Tu n'ai jamais pensé que cela serait une entreprise très difficile que de proposer les vins des cousins à un peuple animé par la grandeur énologique comme le peuple français ?

Non parce que j'ai pensé que ce type de découverte que j'ai pu faire, au cours de mes 3 années et quelques passées à Milan, pouvait être fait aussi par les passionnés français. Dans l'entreprise  pour laquelle je travaillais, j'était entouré d'italiens et je me suis vite aperçu que les français été considérés comme des chauvins, en particulier pour ce qui concerne les produits de l'agriculture. Difficile de penser que cette réputation fût complètement usurpée...

Mes collègues m'ont fait découvrir la diversité des terroirs italiens, en particulier ceux du vin, me faisant connaître des vins provenants de toutes les régions italiennes. J'ai aimé découvrir l'ambiance des bar à vins et des énotèques, beaucoup plus en vogue et fréquentés par toutes les tranches d'âge qu'en France. Je ne peux pas non plus oublier la cuisine italienne qui, contrairement à e que l'on peut penser en France, se basant sur les nombreuses pizzeria existantes, ne peut certainement pas être réduite à la pizza Vesuve et aux spaghetti bolognaises. Et donc, de façon totalement naturelle et réfléchissant à mon projet, j'en suis arrivé à l'idée que les vins italiens pourraient tout-à-fait faire part de l'offre que j'avais l'intention de proposer, à tel point que j'ai décidé d'offrir seulement des vins italiens.

Quelles furent, au début, les réactions de ta clientèle, à Nantes, au choix de proposer seulement des vins des cousins italiens ?

Lorsque j'ai commencé à parler de mon projet, la principale objection était relative à la disponibilité des français à entrer dans un bar à vin qui aurait proposé seulement des vins italiens et aucun vin français.

Les raisons expliquant cette perplexité sont principalement deux, et elles sont indubitablement valides : d'une part, l'image des vins italiens, pour la majorité des français, est décidément médiocre, même parmi les conaissaeurs. En effet, les pizzeria françaises proposent assez rarement des bons vins italiens et se content de proposer Chianti, Valpolicella et Bardolino de mauvaise qualité. D'autre part, dans un pays qui s'auto-définit le pays du vin, il est difficile d'imaginer que l'Italie puisse proposer une gamme variée et de qualité du niveau de la gamme française. A la limite, on me conseillait d'élargir la sélection aux vins du monde, étant donné que ceux-ci (chiliens, australiens, sudafricainsà, commencent à bénéficier d'une bonne image, en particulier en termes de rapport qualité / prix.

Toutefefois, ce furent seulement des objections, et personne ne m'a pris pour un fou quant à ma décision. En fin de compte, faisant le point sur les nombreuses discussions sur le sujet, une seule personne m'a semblé particulièrement dubitative, et il s'agissait d'un producteur italien piémontais que j'ai rencontré et auquel j'avais parlé de mon projet. Celui-ci m'asséna qu'il ne croyait absomlulument pas au succès de cette entreprise, les français étant trop attachés à leurs vins. Je dois reconnaître que, en général, les producteurs italiens se sont montrés surpris par le fait que je puisse me lancer dans une telle entreprise, mais la plus grande part était très contente qu'un français puisse s'intéresser à leurs vins et de visite en visite, j'obtenais toujours de plus larges encouragements.

Et quel est aujourd'hui l'accueil que les français, tes clients, réservent aux vins des cousins italiens ?

Faisant référence à mon bar et aux personnes avec lesquelles je rentre en contact, je suis généralement confronté à des personnes curieuses et surprises de la qualité des vins que je propose. Et je peux également supposer que les personnes conscientes de quel type de vin je sers dans mob bar y viennent justement pour les découvrir. Il faudrait le demander à ceux qui, au contraire, se refusent a priori d'netrer dans un bar dont l'enseigne indique "bar à vins italiens".

Quel était et quel est le niveau de connaissance des vins italiens en France ?

Très médiocre, il faut l'admettre. Les français connaissent très mal le vin italien. Il faut dire qu'on ne trouve pas tant que ça des vins italiens à prix raisonnables et de bonne qualité en France, surtout en province, car à Paris, on peut quand même en trouver. Me basant sur mon expérience, je peux dire que le vin italien est vraiment très très mal connu. A part les professionnels du secteur, ceux qui peuvent dire avoir quelque notion sur le vin italien sont les personnes qui font du tourisme en Italie et, déjeunant dans de bons restaurants, et choisissant, souvent au hasard sur la carte des vins, sont tombés sur des vins qui les ont marquées.

Mais à ton avis, les français, aujourd'hui, commencent à s'intéresser aux vins d'autres pays, ou ce chauvinisme les incline à boire seulement les vins français ?

Selon les données statistiques indiquant les évolutions de la consommation de vin en France, on pourrait supposer que les français s'ouvrent peu à peu aux vins des autres pays. Toutefois, il me semble que cette ouverture se fasse surtout au bénéfice des vins du nouveau monde. Même si l'Espagne semble bénéficier d'une bonne image, c'est à mon avis le seul pays européen. On regarde l'Italie avec une certaine condescendance, tandis que concernant les vins portugais, allemands ou suisses, la très large majorité des français n'en soupçonnent même pas l'existence !

Quelles sont les difficultés que l'on rencontre pour convaincre un passionné de vins français d'essayer et d'apprécier les vins d'autres pays ?

Question très difficile, que je n'ai certainement pas la prétention de résoudre seul. Toutefois, il me semble qu'une des possibles clés consiste en la facilitation de l'accès des vins à grand rapport qualité / prix. Il existe 3 réseaux proposant des vins aux particuliers : la grande distribution, les cavistes, la restauration. Pour ce qui concerne la grande distribution, l'offre est minime. Les passionnés de vin se retrouvent donc dans les rayons munis d'un guide des vins qui leurs permettent de s'orienter. Mais dans les guides de vins français, on ne parle que de vins français.

Une offensive du côté de la grande distribution me semble ompliquée. Les meilleurs conseillers sont donc les cavistes. Le problème est que, à de rares exceptions près, ceux ci consacrent l'essentiel de leur connaissance, de leurs recherches et de leurs visites aux vignobles français. Naturellement, ils proposent aussi une gamme de vins étrangers, mais il s'agit d'une gamme largement minoritaire qui, dans son ensemble, présente moins de références que la plus petite zone vinicole française. Evidemment, avec un choix aussi limité, les français continuent d'aimer leurs vins avant tout !

Il resterait la restauration, mais il est compréhensible que bien peu de clients s'orientent sur un vin étranger quand il s'agit de goûter un plat de la cuisine française. Par conséquent, la meilleure possibilité de vendre le vin itlaien dans la restauration reste l'apanage des restaurants spécialisés en cuisine italienne, pizzerias ou restaurants plus créatifs. Dans les pizzerias, cependant, on trouve peu de vin, à la limite les appellations les plus connues, mais pas leurs meilleures expressions, le prix étant le principal élément de choix. Donc, le but de faire connaître les vins italiens devient avant tout celui des restaurants les plus ambitieux, ou les bars à vins spécialisés.

Que fais-tu pour faire connaître et proposer nos vins en France : tu organises des dégustations, des rencontres, des séminaires ?

Au sein de CasaVino, mon bar à vin, je cherche à faire découvrir le plus grand nombre d'appellations possibles et j'ai toujours à disposition une soixantaine de références. J'essaye de les faire tourner sur ma carte des vins proposés au verre, sauf les bouteilles particulièrement chères. J'organise régulièrement des séances de dégustation publiques dédiées à la découverte d'une région italienne, ou privées (destinées à des entreprises).

Au retour de Vinitaly 2009, j'ai ramené quelques bouteilles provenant de régions moins connues, surtout pource qui est de leur production vinicole (Val d'Aoste, Haut Adige, Basilicate), et je compte bien les proposer en dégustation à court terme.

Avec quels critères choisis-tu les vins que tu proposes à CasaVino ? Quels éléments fondamentaux tiens-tu en considération ?

POur 80% de la gamme, les vins ont été sélectionnés par mes soins, soit durant les visites aux entreprises soit durant Vinitaly. POur ces vins, je gère directement l'importation. Mon objectif n'est pas nécessairement que tous les vins que je propose correspondent à mon goût (parce que lon goût n'est pas universel), mais qu'ils soient bien faits, originaux ou/et représentatifs des caractéristiques de leur appellation. Pour les autres 20% de la gamme, je m'adresse à des importateurs. Naturellement, je n'ai pas encore pu découvrire tout ce qu'il y a à découvrir en Italie (il faudrait une vie entière !) et je dois donc compléter ma gamme avec des appellations dont on ne peut se passer et de quelques noms qui puissent contribuer à ma crédibilité aux yeux des connaisseurs qui me visitent (comment ne pas avoir un nero d'avola, un Brunello di Montalcino, ou un super toscan historique ?).

En fin de compte, ma carte des vins doit représenter au mieux les plus grandes appellations, et le poids de chaque région, et intégrer quelques producteurs majeurs. Ma cela ne constitue pas non plus une obsession. Par exemple, travaillant avec une entreprise comme Lusenti, producteur d'Emilie-Romagne qui propose des vins originaux, naturels et bien faits, cette région finit par avoir dans l'équilibre de ma carte un poids plus important que celui qu'elle devrait avoir.

Quelles sont les régions et les vins italiens préférés et lesquels sont les plus difficiles à proposer ?

En général, les vins italiens préférés par les français sont ceux... bus au cours de leurs vacances en Italie. Par conséquent, la Toscane et la Sicile, sont lres régions préférées, suivies par la Vénétie. Pour ce qui concerne les appellations, c'est la même chose. Qui revient de vacances en Toscane tendra à préférer un rouge toscan, et ceux qui sont allés en Sicile un nero d'avola... Les vins les plus difficiles à proposer sont les vins blancs à prix élevés. Au-delà d'un certain seuil, le consommateur français type tend à soutenir qu'un blanc ne vaut pas ce prix. Il faut dire que je me trouve dans une région où les blancs proposant un bon rapport qualité/prix ne manquent pas. Il y a par ailleurs une fermeture a priori par rapport aux vins rouges pétillants ou champagnisés qui n'appartiennent pas à la culture du vin français.

Les français apprécient-ils les vins italiens exprimant des cépages autochtones comme le nebbiolo, la barbera, le sangiovese, l'aglianico, ou préfèrent-ils des vins à base de cépages français qu'ils connaissent déjà ?

En réalité, il y a deux types de clients. D'une part, ceux qui ont besoin de points de référence et tendent à choisir sur la carte un nom qui leur évoque quelque chose dans leur esprit, qu'il s'agisse d'une appellation ou d'un cépage. Choisir un produit qui, d'une façon ou d'une autre, les rassure. Ces clients sont en large majorité des hommes. Par ailleurs, il existe des clients qui se laissent guider, surtout les femmes, et qui essayent de découvrir quelque chose de nouveau.

As-tu déjà organisé des dégustations comparatives entre des vins italiens et français, évidemment à l'aveugle ?

Pas encore, mais c'est un projet que j'ai en tête et que je voudrais organiser avec la collaboration d'un bar à vins français.

Et du point de vue du prix, penses-tu que nous disposions de vins qui puissent s'avérer compétitifs sur le marché français ?

Certainement, que vous l'êtes ! Evidemment, il faut comparer à qualités analogues et en considérant que les prix de beaucoup de vins du nord de l'Italie sont en général supérieurs à ceux du sud. Ainsi, si on compare les blancs de la Loire, souvent de très bon rapport qualité/prix, avec ceux du Trentin Haut Adige, par exemple, la compétitivité devient discutable, mais pour le reste, les vins italiens sont absolument abordables, si on les compare aux vins français.

Quels sont les régions et les vins italiens que tu préfères ?

C'est très difficile de répondre de manière linéaire à cette question. Concernant les régions, difficile de s'écarter de la Toscane et du Piémont. Cependant, sortant de ces deux zones de référence, j'ai un faible pour la Campanie, en particulier pour tout ce que l'aglianico peut offrir dans ses diverses expressions. J'ai également beaucoup de respect pour le Frioul Vénétie Julienne, qui propose vraiment des vins originaux, et, à mon avis, avec un grand respect du terroir, mais aussi avec un savoir-faire croissant sur le terrain de la vinification.

Mais à dire vrai, ce sont les vins et leurs producteurs plus que les régions qui m'intéressent. J'aime être surpris, perdre mes points de repaire, sans que pour cela le vin ne soit déconnecté de son terroir. Si je devais citer des appellations qui me sont particulièrement chères, je parlerais du Barbaresco et du Taurasi. D'autres appellations me séduisent, ma moins pour leurs qualités intrinsèques que pour le côté madeleine de Proust et pour les souvenirs particuliers et les sensations qu'elles évoquent en moi, comme la Vernaccia di San Gimignano et le Primitivo des Pouilles.

Combien de fois par an visites-tu les régions vinicoles italiennes ?

Cette partie de mon travail (à n'en pas douter celle que je préfère) dépends des résultats de mon activité, évidemment. Depuis que j'ai ouvert CasaVino en octobre 2008, j'ai fait 2 visites. Précédemment, j'ai fait une visite tous les 2 mois pendant 1 an. Je voudrais naturellement en faire plus sans m'illusionner sur la possibilité de visiter le vignoble italien dans son entier, tant il est étendu (plus que la superficie du vignoble français), mais sans compter les dépenses que cela occasione, je dois être présent sur mon bar.

Quels conseils peux-tu donner aux producteurs de vins italiens pour mieux conquérir le marché et le consommateur français ?

Je l'ai déjà évoqué, le vin italien pâtit aux yeux des français d'une image de vin de table dans le pire sens du terme. Les vins italiens les plus connus et visibles en France ne sont certes pas les meilleurs. Il faut avant tout améliorer cette image. Si je devais la comparer à un autre pays traditionnellement producteur en Europe, il me semble que l'Espagne bénéficie d'une meilleure image. Il faut tenir compte du fait que les espagnols sont entrés sur le marché français avec seulement les vins de la Rioja qui jouissent d'une grande considération. Les italiens ne devraient-ils pas s'inspirer de cet exemple ?

Quelles sont les erreurs que les italiens doivent éviter pour se proposer au mieux en France ?

Je pense qu'il n'est pas possible d'entrer sur le marché français de la même façon qu'il est entrée sur les marchés anglophones ou asiatiques. J'ai rencontré beaucoup de producteurs italiens ne croyant pas à la possibilité de dialoguer avec le consommateur français, mais je crois qu'il convient d'enter de façon organisée, collective, non individuelle, avec une force de vente et un marketing bien construit et surtout convaincu.

Quels sont les aspects typiques du monde du vin italien que le passionné de vin français ne réussit pas à accepter ? La tendance à donner des noms fantaisistes aux vins, les prix élevés, une certaine tendance à suivre les indications du soi-disant "goût international" ?

Il est évident qu'il faut une belle dose de clarté pour pouvoir entrer sur un marché. Le système des appellations françaises est déjà suffisamment compliqué pour ne pas y ajouter l'italien, tout aussi complexe. Les italiens devraient probablement se concentrer sur les appellations sur lesquelles il est facile de communiquer. Le consommateur a besoin de points de repères clairs. Le prix, je le répète, n'est pas un élément fondamental, étant donné qu'il n'y a pas de grandes différences avec les vins français. Je dirais également qu'un prix trop bas tend parfois à déprécier l'image du produit indépendamment de sa qualité réelle.

Concernant le goût international, je suis partagé. D'un côté, les vins du nouveau monde doiventune grande part de leur succès à ce goût un peu standardisé, à tel point que quand des clients demandent un vin chilien, ils ne se posent pas la question de son goût, parce qu'ils savent bien quel goût il aura s'ils demandent un vin de ce pays. D'un autre côté, afin de se différencier, et tenant compte du fait que les vins chiliens sont très compétitifs, il est certainement préférable que les italiens proposent de vrais vins de terroir, d'autant plus que vous avez des terroirs tellement beau...

Donc, tu penses que le vin italien peut avoir un avenir en France ?

Il peut, mais ce n'est pas un ouvrage de court terme, des investissements sont nécessaires, ainsi que beaucoup de patience.

A un moment, tu as décidé de communiquer ta passion pour les vins italiens en tant que caviste opérant en France avec un blog. Quels sont les résultats ?

Avec l'ouverture de ce blog, je me posais principalement deux objectifs : le premier, parler de vins italiens, de vos appellations, de l'actualité du vin italien, raconter les visites effectués dans un blog entièrement dédié à ce sujet. J'étais et je reste le seul à ce jour à conduire un blog francophone dédié aux vins italiens. Et si aujourd'hui, tu m'as proposé cet interview, je pense que j'ai bien travaillé. Le second objectif consistait à me faire connaître en tant que spécialiste des vins italiens et à faire savoir que j'avais donné vie à un bar à vins italiens. Une petite part de ma clientèle est venue me rendre visite grâce à ce blog. Pas mal, non ?

 

Voilà, la traduction de l'interview est terminée. Félicitations si vous êtes arrivés au bout de cette somme !

 


vendredi, 07 novembre 2008

On parle de moi chez les sommeliers italiens

AIS.JPG

Le Brunello, encore, toujours. On ne se rend pas compte, vu de France, même vu des oenophiles français, mais l'affaire du Brunellopoli fait énormément parler les internautes italiens de la vinoblogosphère, professionnels ou amateurs. Je suis en France l'un des rares à en parler, et du coup, certains italiens ayant plus que de bonnes notions de français, reprennent mon point de vue pour leurs synthèses. C'est le cas de Franco Ziliani, auteur du blog Vino al Vino, mais également contributeur du site Sommelier.it, le site officiel de l'Associazione Italiana Sommeliers (vous ferai-je l'affront de traduire ? Non...). Celui-ci fait une synthèse lors de laquelle il évoque ma dernière note sur le sujet.

Je me fais mousser ? Oui, un peu...

mardi, 02 septembre 2008

Débat sur le Brunello di Montalcino

119730867.jpgOù l'on reparle du Brunellopoli... Si, si, souvenez-vous.

Ca y est, vous vous être rafraîchis la mémoire ? Bon. Ce n'est pas que j'ai vraiment de nouvelles informations à vous soumettre sur le sujet, mon but serait plutôt de vous faire part du débat qui alimente la vino-blogosphère italienne voire plus autour du Brunello di Montalcino.

Cependant, avant cela, j'ai une information à vous soumettre. On parlait, il fut un temps de 13 producteurs impliqués dans l'affaire du Brunellopoli, sans pouvoir vraiment mettre de nom là-dessus. En fait, désormais, il semblerait qu'il n'y ait en fait que 4 producteurs concernés, mais pas des moindres :  Banfi, Argiano, Antinori et Frescobaldi. En gros, ce qui fait partie de la crême du vin toscan, italien, même, vraiment. Bon, cependant, l'instruction de l'affaire n'est pas terminée, il convient donc de rester prudent.

Mais ce n'est pas cela dont je voulais vous entretenir, en cette rentrée des classes grisonnante.

Vous le savez peut-être, le Brunello est une appellation MAJEURE du vin italien. Le succès de ce vin vient notamment de la conjonction du cépage sangiovese dans sa version "grosso" et d'un terroir où ce cépage prend toute sa puissance. Le problème de cette appellation, c'est que peu de parcelles permettent d'obtenir l'excellence de ce vin, mais que, face au succès et à la demande, des parcelles donnant une moindre qualité ont été classées en DOCG Brunello di Montalcino. Du coup, pour compenser un sangiovese grosso pas aussi efficace, certains sont tentés de faire des assemblages, alors que cette DOCG est sensée être constituée à 100% de sangiovese grosso.

C'est à ce moment que je peux évoquer l'interview de Gaja au Corriere della Sera, un des quotidiens majeurs en Italie. Au cas où, je vous renvoie à cette note où je vous présente Gaja, un homme important dans la progression de la qualité du vin italien ces 30 dernières années. Cet homme, qui a commencé dans le Piémont, est ensuite allé s'essayer, plus récemment, en Toscane, et entre autres, dans le Brunello. Il a donc son mot à dire, et son influence importante fait que son avis est essentiel.

Que dit Gaja, en quelques mots ? Qu'il faut faire évoluer l'appellation Brunello di Montalcino afin qu'elle puisse accepter des cépages complémentaires. En revanche, qu'il faut pouvoir faire le distingo entre les purs Brunello 100% sangiovese et les autres, qui seraient des assemblages.

Les réactions de mes critiques de vins / blogueurs italiens de chevet, Franco Ziliani et Roberto Giuliani, ne se sont pas faites attendre. Giuliani, dans sa note "Il caso Brunello di Montalcino secondo Gaja", donne un premier argument clef et évident :"Come può un emblema del vino italiano, la cui formula Montalcino=Brunello=sangiovese grosso è l’elemento determinante di tanto successo, trasformarsi in un vino la cui etichetta continua a dichiararsi “Brunello di Montalcino”, ma in alcuni casi con sangiovese 100% e in altri no?" : Comment un emblème du vin italien, dont la formule Montalcino=Brunello=sangiovese grosso est l'élément déterminant d'un si gros succès, peut se transformer en un vin dont l'étiquette continue de déclarer "Brunello di Montalcino", mais qui est dans certains cas en sangiovese à 100%, et pas dans d'autres ? C'est un premier point déterminant à mon sens, puisqu'on ne fait autre que de dévaloriser l'image du Brunello en faisant cette dérogation.

Ceci dit, à ce moment de la partie, Giuliani fait fi des contraintes économiques : que deviennent les producteurs des "petits" Brunello ? Ils passent dans une DOC en difficulté, la Sant'Antimo, qui prend tous les producteurs du coin n'ayant pas droit à l'appellation reine ? Pourquoi pas, mais dans ces conditions, on n'échappe pas à une crise pour toutes ces déclassifications.

Arrive alors Gigi Brozzoni, autre personnalité du monde du vin, qui de façon encore plus dure que Giuliani, prend position : "Si vorrebbe 165494071.JPGbuttare all'aria tutto quanto per una minoranza di perdenti ed incapaci, che hanno pensato di arrivare a Montalcino, raccogliere a piene mani i benefici e far pagare ad altri il prezzo della loro inadeguatezza" : On voudrait jeter en l'air tout ça pour une minorité de perdants et d'incapables, qui espéraient arriver à Montalcino, reccueillir à pleines mains les bénéfices et faire payer aux autres le prix de leur inadaptabilité. Il propose en revanche, plutôt que d'utiliser la DOC Sant'Antimo, la DOC Rosso di Montalcino, qui bénéficie quand même du nom "Montalcino". Cette DOC aurait besoin d'être réadaptée, mais étant moins hautement symbolique que le Brunello, cela perturberait moins de monde.

Et Giuliani et Ziliani de renchérir en accord avec cette intervention de Brozzoni. Sauf que. La DOC Rosso di Montalcino, doit, selon eux, rester également du 100% sangiovese. Que ceux qui veulent faire leurs petites affaires, aillent en IGT Toscane, DOC Sant'Antimo ou encore s'amuse à faire du super toscan.

L'histoire n'est pas finie...

Si vous voulez d'autres points de vue francophones, allez voir l'article du canadien Jean Aubry, ou celui du suisse Jacques Perrin.

 

 

lundi, 03 mars 2008

Brunello di Montalcino 2003

5cc837045d9f3934c341d5e226cb0597.jpgCa y est le Brunello 2003 apparaît à la dégustation en avant-première pour les professionnels de la profession. Pour vous donner un exemple de l'importance de cette appellation dans le monde du vin italien, sachez qu'alors qu'en 2007, c'est un Château-Neuf du Pape qui a été désigné meilleur vin de l'année par le Wine Spectator, en 2006, c'était un Brunello di Montalcino qui avait été couronné (l'étiquette du vainqueur ci-contre). Donc, vous le voyez, on évolue dans les hautes sphères des grands crus.
 
Bref, la blogosphère des dégustateurs s'est animée pour faire un compte-rendu de ces dégustations.
 
Ainsi, Andrea Gori, le "sommelier-informaticien" toscan, n'y va pas par quatre chemins dans son blog "Vino da Burde" :"quando appunto le condizioni non erano ottimali, il 2003 ha saputo tirar fuori davvero il peggio dai vigneti non adeguati a resistere e a maturare al caldo torrido." (traduction : "quand justement les conditions n'étaient pas optimales, le (millésime 2003) a su mettre en évidence vraiment le meilleur des vignobles non prévus pour résister et mûrir par cette chaleur torride.").
Autre citation intéressante, sous-entendant certaines choses demeurant malgré tout non-affirmées : "dico solo che sono felice che il 2003 abbia mostrato a tutti i limiti di un certo modo di intendere la viticoltura (e l’enologia) e abbia allo stesso tempo mostrato che i vigneti migliori di Montalcino e i produttori più seri non hanno alcunchè da temere dal surriscaldamento globale." (trad. : "je dis seulement que je suis heureux que le millésime 2003 ait montré à tous les limites d'une certaine façon d'entendre la viticulture (et l'oenologie) et ait également montré que les meilleurs vignobles de Montalcino et les producteurs les plus sérieux n'aient rien à craindre du réchauffement global".) Certes, mais, c'est quoi, être sérieux, et ne pas l'être ?
 
Roberto Giuliani, sur la revue on-line Lavinium, est sans doute encore moins flatteur, c'est le moins que l'on puisse dire : "molti, direi troppi [...] presentavano un forte squilibrio, fruttato surmaturo et marmellatoso da una parte et tannini acerbi e fortemente astringenti dall'altra, in alcuni casi anche notevoli impurità olfattive [...], sentori ossidati, acidità scarse o scomposte". (trad. : "beaucoup, et même trop d'entre eux, présentaient un fort déséquilibre, fruité surmature et confituré d'une part et des tanins acerbes et fortement astringents d'autre part, dans certains cas également de impureté olfactives très nettes, des odeurs d'oxydation et des acidités médiocres ou décomposées".).
Ou encore : "Un'annata che, ben oltre le più nere previsioni, nella sua disagevole condizione ha evidenziato un eccesso di lavoro in cantina, spesso un maldestro tentativo di camuffarne i limiti" (trad. : "Un millésime qui, bien au-delà des plus noires prévisions, dans sa désagréable condition, a mis en évidence un excès de travail en cave, souvent une maladroite tentative d'en masquer les limites"). Là, on est plus clair : plus ce vin, issu de raisins difficiles, a été retravaillé, plus il est mauvais et inauthentique, évidemment.
 
Franco Ziliani est clair, également : "Il vino da comprare e copiosamente e con gioia e fiducia non é questa volta il celebratissimo “fratello maggiore”, che é uscito, com’era prevedibile, “sconfitto” dall’annata torrida, tropicale, eccessiva, 2003." (trad. : "le vin à acheter et en grand nombre et avec joie et confiance n'est pas, cette fois, le très célèbre "grand frère" [NDB : surnom du Brunello], qui est sorti, comme prévu, défait du millésime torride, tropical, excessif 2003".). C'est clair, là aussi, non ?
 
Nous avons également Arturo Dori, patron du Cavalo Nero, qui en a essayé une quinzaine, et qui dans son blog, résume ses dégustations comme suit : "Tutti i vini degustati erano caratterizzati, salvo rare eccezioni, da note di surmaturazione del frutto e da evoluzione precoce riscontrabile sia nel colore che al naso." (trad. : "Tous les vins dégustés se caractérisaient, sauf de rares exceptions, par des notes de surmaturation du fruit et par une évolution précoce notable aussi bien par la couleur que par le nez.").
 
Tous ne sont pas aussi durs, bien sûr, mais il semblerait bien que la terrible année 2003 (la fameuse canicule) n'ait pas donné de grands résultats, en raison d'une surmaturité, qui semble être le problème remontant à chaque fois, ajoutant à cela, un peu trop de trafic pour masquer la faiblesse du millésime qui ne font visiblement que le mettre en exergue... 

dimanche, 02 mars 2008

Chianti Classico : le parfum du sangiovese revient !

d0f355f9a4c4580103b9d856918c83d4.jpgCe n'est pas moi qui le dit, mais Franco Ziliani, dont il m'arrive de parler sur ce blog, à mon sens l'un des critiques oenologiques les plus indépendants d'Italie.
Et Franco a fait une note sur une dégustation de Chianti Classico des derniers millésimes (dont la 2006 qui vient de sortir) qui sonne comme une bonne nouvelle : il Rinascimento del Sangiovese (la renaissance du sangiovese, donc). Le sangiovese, c'est le cépage phare de la Toscane, celui à l'origine de presque tous les principaux grands crus : le Chianti Classico, le Vino Nobile di Montepulciano, le Brunello di Montalcino, le Rosso di Montalcino...
 
Pourquoi assistons-nous à cette Renaissance ? De nouveau, une majorité de vignerons sembleraient vouloir donner une prévalence à ce cépage, lui donner la possibilité d'exhaler tous ses parfums : "Tornano a profumare, era ora !" (ils sont de nouveaux parfumés, il était temps !). 
 
Je reprends une des citations de sa note à ce sujet, qui est reste dans la continuité de la discussion que je mène sur ce blog : 
 
"Di questo ritorno all’aureo buonsenso, dettato dai gusti del consumatore, che si è stancato di trovare aria bordolese o soluzioni stile Super Tuscan nei vini che dovrebbero rappresentare l’identità di quella storica, magnifica, inconfondibile area che tutto il mondo conosce come Chianti e la sua zona più classica,..."
 
"De ce retour au bon sens en or, dicté par les coûts du consommateur, qui s'est fatigué de trouver unair bordelais ou des solutions style Super-toscans dans les vins qui devraient représenter l'identité de cette historique, magnifique, incomparable région que le monde entier connaît comme étant le Chianti et sa zone la plus classique."
 
Rien à rajouter, si ce n'est que, oui, cela ressemble à une bonne nouvelle. 
 
 
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