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jeudi, 25 septembre 2008

Des faux Amarone en circulation ?

Je ne sais pas si bon ou mauvais signe, mais ce qui est sûr, c'est que dans le secteur du vin en Italie, la justice fait son boulot, et surveille ce commerce de près. Je vous ai déjà alimenté de tout un tas de notes sur ce sujet, et là, j'ai jugé utile de parler de la nouvelle affaire.

En début de semaine, est sortie en Italie l'information selon laquelle 30.000 bouteilles d'Amarone destinées aux Etats-Unis auraient été mises sous séquestres au port de Livourne. En fait, ces bouteilles ne contiendraient a priori pas de l'Amarone. J'ai lu ça sur le blog de Roberto Giuliani, l'une de mes sources d'informations et d'opinions préférées sur le vin italien.

amaronevalpolicellavignes.jpgMais avant d'aller plus loin dans l'affaire, je vois là une excellente occasion pour vous présenter l'Amarone. En fait, l'appellation complète, c'est Amarone della Valpolicella. Mais attention, ne pas confondre Valpolicella et Amarone della Valpolicella. Bon, Valpolicella, c'est une appellation relativement connue en France, mais pas forcément extrêmement réputée. En effet, je pense que cela fait partie des vins que l'on trouve très souvent à la carte d'une pizzéria lambda en France, et ce n'est pas forcément de la grande ouvrage. Le Valpolicella peut être meilleur que cela, mais l'Amarone fait partie des vins les plus réputés et chers en Italie, et plutôt à juste titre, il faut bien le dire.

Ces 2 appellations, rouges, sont produites dans la province de Vérone, en Vénétie, regardez sur la carte ci-dessous :

amaronevalpolicellacarte.JPG

Ou bien celle-ci (le A, c'est la zone à peu près centrale des meilleurs Amarone) :

amaronevalpolicellagooglemaps.JPG

Le cépage dominant est la corvina veronese (40 à 80% de l'assemblage) ou le corvinone (50% max), auquel est adjoint de la rondinella, entre 5 et 30%, et quelques autres cépages non arômatiques. Les raisins sont élaborés en sec, passerillés pour assécher un peu le raisin et augmenter sa teneur en sucre et vinifiés ensuite aux alentours du 15 décembre. Cette méthode donne au vin une tonalité amère bien prononcée, d'où le nom de l'appellation (on pourrait vaguement traduire Amarone par "gros amer"). On obtient en principe un vin très généreux, olfactivement épicé, assez puissant, velouté... Un costaud, mais qui sait se la jouer en finesse, qui peut s'adapter avec des ragoûts, des viandes rôties, un gorgonzola...

Quelques grands producteurs de l'Amarone : Giuseppe Quintarelli, Fratelli Tedeschi (que j'aurai en magasin, soit dit en passant), Romano Dal Forno, j'en passe et des meilleurs.

L'Amarone n'est pas dans la même gamme de prix que la Valpolicella, mais c'est incomparable en plaisir retiré, et c'est donc justifié la majorité du temps.

Bref, toujours est-il que 30.000 bouteilles, c'est un certain nombre. Bon, pour l'instant, on ne sait pas grand chose, et surtout pas le nom du producteur incriminé (qui n'est pas nécessairement l'un des 3 producteurs que j'ai cités, puisque je ne connais pas le coupable, à titre personnel, et ce n'est pas non plus l'écho de rumeurs plus ou moins fondées). A l'occasion, si j'en sais plus, je vous tiens au courant.

Et pour conclure, quand même : au cas où certains fervents défenseurs du vin italien et de son image s'offusqueraient du fait que je dénigrerai le vin italien en parlant de ça (ça m'est déjà arrivé), je continue de penser qu'il est quelque part plus rassurant de trouver quelques affaires ici et là que rien du tout.

mardi, 02 septembre 2008

Débat sur le Brunello di Montalcino

119730867.jpgOù l'on reparle du Brunellopoli... Si, si, souvenez-vous.

Ca y est, vous vous être rafraîchis la mémoire ? Bon. Ce n'est pas que j'ai vraiment de nouvelles informations à vous soumettre sur le sujet, mon but serait plutôt de vous faire part du débat qui alimente la vino-blogosphère italienne voire plus autour du Brunello di Montalcino.

Cependant, avant cela, j'ai une information à vous soumettre. On parlait, il fut un temps de 13 producteurs impliqués dans l'affaire du Brunellopoli, sans pouvoir vraiment mettre de nom là-dessus. En fait, désormais, il semblerait qu'il n'y ait en fait que 4 producteurs concernés, mais pas des moindres :  Banfi, Argiano, Antinori et Frescobaldi. En gros, ce qui fait partie de la crême du vin toscan, italien, même, vraiment. Bon, cependant, l'instruction de l'affaire n'est pas terminée, il convient donc de rester prudent.

Mais ce n'est pas cela dont je voulais vous entretenir, en cette rentrée des classes grisonnante.

Vous le savez peut-être, le Brunello est une appellation MAJEURE du vin italien. Le succès de ce vin vient notamment de la conjonction du cépage sangiovese dans sa version "grosso" et d'un terroir où ce cépage prend toute sa puissance. Le problème de cette appellation, c'est que peu de parcelles permettent d'obtenir l'excellence de ce vin, mais que, face au succès et à la demande, des parcelles donnant une moindre qualité ont été classées en DOCG Brunello di Montalcino. Du coup, pour compenser un sangiovese grosso pas aussi efficace, certains sont tentés de faire des assemblages, alors que cette DOCG est sensée être constituée à 100% de sangiovese grosso.

C'est à ce moment que je peux évoquer l'interview de Gaja au Corriere della Sera, un des quotidiens majeurs en Italie. Au cas où, je vous renvoie à cette note où je vous présente Gaja, un homme important dans la progression de la qualité du vin italien ces 30 dernières années. Cet homme, qui a commencé dans le Piémont, est ensuite allé s'essayer, plus récemment, en Toscane, et entre autres, dans le Brunello. Il a donc son mot à dire, et son influence importante fait que son avis est essentiel.

Que dit Gaja, en quelques mots ? Qu'il faut faire évoluer l'appellation Brunello di Montalcino afin qu'elle puisse accepter des cépages complémentaires. En revanche, qu'il faut pouvoir faire le distingo entre les purs Brunello 100% sangiovese et les autres, qui seraient des assemblages.

Les réactions de mes critiques de vins / blogueurs italiens de chevet, Franco Ziliani et Roberto Giuliani, ne se sont pas faites attendre. Giuliani, dans sa note "Il caso Brunello di Montalcino secondo Gaja", donne un premier argument clef et évident :"Come può un emblema del vino italiano, la cui formula Montalcino=Brunello=sangiovese grosso è l’elemento determinante di tanto successo, trasformarsi in un vino la cui etichetta continua a dichiararsi “Brunello di Montalcino”, ma in alcuni casi con sangiovese 100% e in altri no?" : Comment un emblème du vin italien, dont la formule Montalcino=Brunello=sangiovese grosso est l'élément déterminant d'un si gros succès, peut se transformer en un vin dont l'étiquette continue de déclarer "Brunello di Montalcino", mais qui est dans certains cas en sangiovese à 100%, et pas dans d'autres ? C'est un premier point déterminant à mon sens, puisqu'on ne fait autre que de dévaloriser l'image du Brunello en faisant cette dérogation.

Ceci dit, à ce moment de la partie, Giuliani fait fi des contraintes économiques : que deviennent les producteurs des "petits" Brunello ? Ils passent dans une DOC en difficulté, la Sant'Antimo, qui prend tous les producteurs du coin n'ayant pas droit à l'appellation reine ? Pourquoi pas, mais dans ces conditions, on n'échappe pas à une crise pour toutes ces déclassifications.

Arrive alors Gigi Brozzoni, autre personnalité du monde du vin, qui de façon encore plus dure que Giuliani, prend position : "Si vorrebbe 165494071.JPGbuttare all'aria tutto quanto per una minoranza di perdenti ed incapaci, che hanno pensato di arrivare a Montalcino, raccogliere a piene mani i benefici e far pagare ad altri il prezzo della loro inadeguatezza" : On voudrait jeter en l'air tout ça pour une minorité de perdants et d'incapables, qui espéraient arriver à Montalcino, reccueillir à pleines mains les bénéfices et faire payer aux autres le prix de leur inadaptabilité. Il propose en revanche, plutôt que d'utiliser la DOC Sant'Antimo, la DOC Rosso di Montalcino, qui bénéficie quand même du nom "Montalcino". Cette DOC aurait besoin d'être réadaptée, mais étant moins hautement symbolique que le Brunello, cela perturberait moins de monde.

Et Giuliani et Ziliani de renchérir en accord avec cette intervention de Brozzoni. Sauf que. La DOC Rosso di Montalcino, doit, selon eux, rester également du 100% sangiovese. Que ceux qui veulent faire leurs petites affaires, aillent en IGT Toscane, DOC Sant'Antimo ou encore s'amuse à faire du super toscan.

L'histoire n'est pas finie...

Si vous voulez d'autres points de vue francophones, allez voir l'article du canadien Jean Aubry, ou celui du suisse Jacques Perrin.

 

 

jeudi, 20 mars 2008

Le vin obèse

e372177db0fe6094099b7657a0340a3d.jpgEsalazioni etiliche est un blog tenu par Roberto Giuliani un grand expert du vin italien, catégorie critique, notamment pour Lavinium. Roberto Giuliani est italien, comme son nom porte à le penser. J'avais déjà évoqué son nom dans cet article sur la dernière cuvée de Brunello di Montalcino, celle de 2003. Et si je parle de son blog, c'est qu'il a écrit, certes en italien, un article qui concerne le monde du vin en général, il vino obeso (que je ne crois pas utile de traduire).

La démonstration part du problème de l'obésité en développement dans les sociétés occidentales: "[obesità]...figlia ovviamente proprio di questa società". "L'obésité, fille, évidemment, de cette société". Bon, pour l'instant, certes, on enfonce les portes ouvertes. Mais c'est une introduction.

Giuliani nous amène à comprendre que c'est notre insatisfaction personnelle, notre désir de consommer toujours plus, encouragés par nos gouvernements ou la publicité, qui fait de nos concitoyens des gens obèses, et que c'est le même système qui nous amène à plus de pollution, plus de chirurgie esthétique, de voitures puissantes.

Mais en réalité, "I bisogni sono furbetti, si insinuano, si fingono veri" : "Les besoins sont rusés, ils s'insinuent, ils font semblant d'être vrais".

Bon, quel rapport avec le vin ? On y arrive. Le vin reflète ce besoin de toujours plus, nous dit Giuliani : "Tutti voglioni ingrandirsi, espandersi, essere presenti nel mercato mondiale, e si fanno i vini con questo obiettivo. E in una società degli eccessi, anche il vino diventa obeso, concentra in sé tutte le peggiori caratteristiche di questo mondo, allontanandosi sempre più dal suo scopo iniziale, quello della convivialità.", soit, "Ils veulent tous grandir, s'étendre, être présents sur le marché mondial, et ils font les vins dans cet objectif. Et dans une société d'excès, même le vin devient obèse, il concentre en lui toutes les pires caractéristiques de ce monde, s'éloignant toujours plus de son objectif initial, celui de la convivialité".

Allez, admettons-le, c'est encore un peu flou, il faut développer, Roberto ! Alors, il développe encore, Roberto. Le point de Roberto Giuliani, quel est-il ? "Se prima era il singolo produttore che prendeva una certa strada commerciale, prendendosi la responsabilità di uscire dalle regole e dai limiti delle denominazioni di origine, ora sono le denominazioni ad adeguarsi, ad allargare le maglie, a favorire un comportamento sempre più lontano dal contesto originario. " : "Si, avant, c'était le producteur de son propre chef qui prenait une certaine route commerciale, prenant pour lui la responsabilité de sortir des règles et des limites des dénominations d'origine, maintenant, ce sont les dénominations qui s'adaptent, qui élargissent les mailles, qui favorisent un comportement toujours plus loin du contexte originel".

Et Giuliani de poursuivre : "Così assistiamo al paradosso che chi fa il vino di territorio, come lo aveva sempre fatto, si trova ad essere quello "fuori", non in regola" : "Ainsi, nous assistons au paradoxe selon lequel celui qui fait le vin du territoire, comme il l'avait toujours fait, se retrouve finalement hors-jeu".

Je vous laisse quand même aller lire l'article de vous même. Je vous rappelle qu'il est en italien.

08:00 Publié dans Blog on blog | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : Giuliani, blog

lundi, 03 mars 2008

Brunello di Montalcino 2003

5cc837045d9f3934c341d5e226cb0597.jpgCa y est le Brunello 2003 apparaît à la dégustation en avant-première pour les professionnels de la profession. Pour vous donner un exemple de l'importance de cette appellation dans le monde du vin italien, sachez qu'alors qu'en 2007, c'est un Château-Neuf du Pape qui a été désigné meilleur vin de l'année par le Wine Spectator, en 2006, c'était un Brunello di Montalcino qui avait été couronné (l'étiquette du vainqueur ci-contre). Donc, vous le voyez, on évolue dans les hautes sphères des grands crus.
 
Bref, la blogosphère des dégustateurs s'est animée pour faire un compte-rendu de ces dégustations.
 
Ainsi, Andrea Gori, le "sommelier-informaticien" toscan, n'y va pas par quatre chemins dans son blog "Vino da Burde" :"quando appunto le condizioni non erano ottimali, il 2003 ha saputo tirar fuori davvero il peggio dai vigneti non adeguati a resistere e a maturare al caldo torrido." (traduction : "quand justement les conditions n'étaient pas optimales, le (millésime 2003) a su mettre en évidence vraiment le meilleur des vignobles non prévus pour résister et mûrir par cette chaleur torride.").
Autre citation intéressante, sous-entendant certaines choses demeurant malgré tout non-affirmées : "dico solo che sono felice che il 2003 abbia mostrato a tutti i limiti di un certo modo di intendere la viticoltura (e l’enologia) e abbia allo stesso tempo mostrato che i vigneti migliori di Montalcino e i produttori più seri non hanno alcunchè da temere dal surriscaldamento globale." (trad. : "je dis seulement que je suis heureux que le millésime 2003 ait montré à tous les limites d'une certaine façon d'entendre la viticulture (et l'oenologie) et ait également montré que les meilleurs vignobles de Montalcino et les producteurs les plus sérieux n'aient rien à craindre du réchauffement global".) Certes, mais, c'est quoi, être sérieux, et ne pas l'être ?
 
Roberto Giuliani, sur la revue on-line Lavinium, est sans doute encore moins flatteur, c'est le moins que l'on puisse dire : "molti, direi troppi [...] presentavano un forte squilibrio, fruttato surmaturo et marmellatoso da una parte et tannini acerbi e fortemente astringenti dall'altra, in alcuni casi anche notevoli impurità olfattive [...], sentori ossidati, acidità scarse o scomposte". (trad. : "beaucoup, et même trop d'entre eux, présentaient un fort déséquilibre, fruité surmature et confituré d'une part et des tanins acerbes et fortement astringents d'autre part, dans certains cas également de impureté olfactives très nettes, des odeurs d'oxydation et des acidités médiocres ou décomposées".).
Ou encore : "Un'annata che, ben oltre le più nere previsioni, nella sua disagevole condizione ha evidenziato un eccesso di lavoro in cantina, spesso un maldestro tentativo di camuffarne i limiti" (trad. : "Un millésime qui, bien au-delà des plus noires prévisions, dans sa désagréable condition, a mis en évidence un excès de travail en cave, souvent une maladroite tentative d'en masquer les limites"). Là, on est plus clair : plus ce vin, issu de raisins difficiles, a été retravaillé, plus il est mauvais et inauthentique, évidemment.
 
Franco Ziliani est clair, également : "Il vino da comprare e copiosamente e con gioia e fiducia non é questa volta il celebratissimo “fratello maggiore”, che é uscito, com’era prevedibile, “sconfitto” dall’annata torrida, tropicale, eccessiva, 2003." (trad. : "le vin à acheter et en grand nombre et avec joie et confiance n'est pas, cette fois, le très célèbre "grand frère" [NDB : surnom du Brunello], qui est sorti, comme prévu, défait du millésime torride, tropical, excessif 2003".). C'est clair, là aussi, non ?
 
Nous avons également Arturo Dori, patron du Cavalo Nero, qui en a essayé une quinzaine, et qui dans son blog, résume ses dégustations comme suit : "Tutti i vini degustati erano caratterizzati, salvo rare eccezioni, da note di surmaturazione del frutto e da evoluzione precoce riscontrabile sia nel colore che al naso." (trad. : "Tous les vins dégustés se caractérisaient, sauf de rares exceptions, par des notes de surmaturation du fruit et par une évolution précoce notable aussi bien par la couleur que par le nez.").
 
Tous ne sont pas aussi durs, bien sûr, mais il semblerait bien que la terrible année 2003 (la fameuse canicule) n'ait pas donné de grands résultats, en raison d'une surmaturité, qui semble être le problème remontant à chaque fois, ajoutant à cela, un peu trop de trafic pour masquer la faiblesse du millésime qui ne font visiblement que le mettre en exergue... 

 
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