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jeudi, 21 février 2008

Le goût et le pouvoir - Jonathan Nossiter : commentaires (5)

edd091a384039c1c7c252c178542e473.jpgPoursuite de ma lecture et de mes compte-rendus de l'essai de Jonathan Nossiter, "Le goût et le pouvoir"

C'est donc le cinquième arrêt après :

On arrive donc p. 294 du bouquin, chapitre "Ne baratinez pas avec la nature". L'auteur du livre est au Baratin, un bistrot du XXè à Paris tenu par Philippe. La discussion porte alors sur les AOC et leurs vices et vertus.
 
Jonathan : En Toscane, la majorité des vins sont sortis des paramètres du chianti pour créer des vins dans le style américain, et avec les cépages américains ! Des "super-toscans". C'est grave. Innover et aller contre les règles, je suis d'accord. Mais pas si c'est fait pour des raisons cyniques, de pouvoir.[...]
Philippe : Ces vins italiens dont tu parles correspondent à des standards de goût. Qu'ils vivent ! Ils dupliquent des gestes, des manières oenologiques qui garantissent la stabilité. Cela correspond à des gens qui ne s'occupent que du marché. Mais à côté de cette autoroute, de ce rouleau compresseur, on trouve d'autres choses. Donc, c'est pas grave.
Jonathan : Si, c'est grave. Cette autoroute a nécessairement une incidence sur tout le monde. Il n'y a plus d'acidité, par exemple, dans les vins de Chianti parce qu'ils ont imité les "super-toscans". Ils sont devenus des clones. L'autoroute a bouffé les chemins de campagne...
 
Bon, en publiant cela, prêché-je pour ma paroisse ? Quelque part, cela va quand même dans les sens de l'esprit que je souhaite donner à mes choix de produits, où mon but est de donner la priorité aux cépages autochtones. Mais je suis un commerçant, et avoir un super-toscan en magasin fait quand même partie des passages obligés. 
 
Pour rappel, j'ai déjà produit une petite note sur les super-toscans

mercredi, 20 février 2008

Le goût et le pouvoir - Jonathan Nossiter : commentaires (4)

edd091a384039c1c7c252c178542e473.jpgJe poursuis mon analyse des passages concernant le vin italien de l'essai de Jonathan Nossiter, "Le goût et le pouvoir". J'ai déjà fait 3 "arrêts sur texte" de ce bouquin :
Le quatrième arrêt a lieu dans le chapitre "le jargon du vin", p.272. Juste avant l'extrait que je vais citer, Nossiter se lâche sur Parker, le critique de vin le plus connu, limite starifié, et influent et ses critiques de vin.
 
"Mais Parker n'est pas le seul. Le blabla postmoderne autour du vin (et les efforts frénétiques des oenologues pour construire ensuite des vins qui correspondraient à ce blabla) est un produit mondialisé. La volonté à tout crin, mi maçonnique, mi mafieuse, d'encoder et d'exclure a fait école partout. En voici un autre petit échantillon, tiré du Wine Spectator, à propos d'un vin italien de millésime 96, le bien nommé "Pétrolio" : "Un athlète surmusclé, parfaitement sculpté. Fabuleux arômes de fleurs écrasées et de fruits rouges mûrs, aux relents minéraux. Très parfumé. Corps en béton, avec des tanins ultra-fins et une longue, délicieuse finition. Très raffiné. Dense. Merlot. 96 points."
Même en Italie, dans le guide des vins le plus important, le Gambero Rosso (édition 2002), nous avons droit à des descriptions de cet acabit : "Mais gardons quelques superlatifs pour l'Ornellaia 98, un autre grand vin (de Michel Rolland). Le nez offre la complexité d'un grand cru bordelais : cassis, mûre, plomb, cèdre, menthe et épices orientales. La bouche, de son côté, ne perd pas de force, démontrant une structure épaisse et tout en rondeur avec des tanins somptueux."
 
Un peu d'explication de texte, d'abord :
 
 
2a8bb6773f79a93819249ede4c42c48a.jpg1. Qui est Robert Parker ?
 
En quelques mots, c'est le critique de vin le plus influent du monde. Il s'est fait connaître dans les années 80, notamment en inventant son système de notation, désormais repris par beaucoup de revues et de critiques spécialisés : la notation sur 100, mais allant de 50 à 100. Par ailleurs, sur le fond, il a notablement concouru au développement et à l'envolée des prix du vin bordelais. Il s'agit de sa région vinicole préférée, et sans doute sur lequel son expertise est la plus recherchée. Il a également porté à un certain paroxysme le style d'écriture très imagé sur le vin. Je ne m'étendrai pas sur les défauts et les qualités du personnage, mais le problème Parker et celui de son influence disproportionnée est celui d'une standardisation des vins, appelée "Parkerization" des vins.
 
 
82b1598ffbf575df0f539c767cc8b7a3.jpg2. Qu'est-ce que le Wine Spectator ?
 
Le Wine Spectator est peut-être la revue au monde la plus lue dans le monde du vin. On estime qu'il y a environ 2,25 millions de lecteurs dans le monde. J'avais dans une autre note, déjà parlé du Wine Spectator et de son TOP 10 de l'année 2007. Vous en avez peut-être entendu parler sans en connaître la source, mais en fin d'année 2007, les média, notamment les JT en ont beaucoup parlé : un Clos des Papes Châteauneuf-du-Pape 2005 a été élu meilleur vin du monde. Eh bien, voilà, derrière ce classement, il y a le Wine Spectator. Et pourtant, des classements, toutes les revues en font. Mais le Wine Spectator fait autorité dans ce domaine.
 
 
0b1964226d9b43c98e6177ccc011c642.gif3. Qu'est-ce que le Gambero Rosso ?
 
Il s'agit d'un, voire du guide numéro 1 en Italie concernant les vins italiens. Il est adossé à l'association Slow Food, association militante pour la bio-diversité des terroirs aux dépens de la rentabilité (pour résumer) et surtout pour le plaisir de la table dans le respect de la qualité artisanale. 
 
 
 
 
1af5046a43ca2b05d24bdf59269b55c0.jpg4. Qui est Michel Rolland
 
Un des plus célèbres et plus récompensés "Winemaker" du monde. Français, il a su comprendre ce qu'aimait Parker et donc Parkerizer ses vins. Il a été appelé dans de nombreux pays pour y mettre sa patte, en Toscane, ou en Californie, notamment. Il s'est fait démolir dans le film Mondovino du même Jonathan Nossiter.
 
Donc, voilà.
 
Maintenant que les présentations sont faites, résumons la thèse de Jonathan Nossiter. En fait, c'est assez simple : je vous renvoie simplement à ma note sur le Pipotron de la dégustation.
Mais, plus précisément, on ne résumera pas le plaisir que peut procurer un vin à une énumération de saveurs plus ou moins significatives. Cela aurait même tendance à rendre abscons et élitiste ce qu'est vraiment le vin pour l'amateur lambda n'ayant pas les clés du vocabulaire.
 
En résumé, fuyez ces élucubrations, et goûtez... 
 

samedi, 16 février 2008

Le goût et le pouvoir - Jonathan Nossiter : commentaires (3)

edd091a384039c1c7c252c178542e473.jpgToujours dans le cadre de ma lecture de "Le goût et le pouvoir", je poursuis mes commentaires sur les évocations du vin italien par son auteur, Jonathan Nossiter.
 
Bon, il conviendra de noter que Nossiter parle surtout des vins français, et je dirais même, surtout des vins bourguignons, même si son propos est de parler des bienfaits et méfaits de la mondialisation. Mais, parfois, je relève des petits passages parlant du vin italien.
 
Ici, Nossiter est en discussion avec Gérard Margeon (GERARD, dans l'extrait cité qui va suivre), qui est le sommelier du Plaza Athénée à Paris, un des 3 étoiles de Ducasse.
 
JONATHAN : Il y a combien de restaurants, aujourd'hui ?
GERARD : Il y en a vingt-huit. Depuis jeudi. Parce qu'on en a ouvert deux cette semaine. On a rouvert l'ancien restaurant historique Ducasse-Robuchon Relais du Parc, avec Robuchon. C'est là qu'on a fait une carte à quatre mains, avec des plats historiques de Robuchon et de Ducasse, et des prix moyens à 60 euros. A Ducasse Conseil, Accor nous a demandé de les conseiller sur un concept de vins italiens pour le Sofitel Défense. C'est ce qu'on a fait. Donc on a ouvert deux jours après. Avec un joli concept : 100% italien.
JONATHAN : Quel genre d'italiens ?
GERARD : Il faut faire toute l'Italie, avec une grande page des vins de Toscane et du Piémont, puis toutes les autres régions.
JONATHAN : En Toscane, vous avez repéré qui ?
GERARD : J'ai mis tous les grands classiques, mais j'ai été plus audacieux en Piémont. 
JONATHAN : Des grands classiques ? Chacun à son idée de ce qu'est le classique.
GERARD : Toutes les grandes familles, tous les grands noms qu'on trouve aujourd'hui.
JONATHAN : C'est-à-dire ?
GERARD : Je n'ai pas tout en tête. J'ai cinq mille références dans le monde, sur  vingt-huit restaurants.
 
Donc, première information, il existe un hôtel, le Sofitel Défense, qu'on doit pouvoir situer dans la catégorie juste en-dessous des palaces (ce soir, la chambre pour 2 est à 210 €), qui propose une carte de vins à 100% italienne. Moui... Faut voir les prix... Les plus grands noms du vin toscan dans un hôtel de semi-luxe, je pense que ça fait mal à la carte bleue, surtout si elle n'est pas Gold.
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La deuxième information, c'est que les régions majeures du vin italien, c'est la Toscane, et le Piémont. Si on voulait s'amuser à faire une comparaison, on pourrait dire que la Toscane, c'est le bordelais, et le Piémont, c'est la Bourgogne. Ce qui veut dire que les toscans proposent souvent des grands domaines avec des gens implantés à l'international sachant vendre leur vin, et que dans le Piémont, on a plus souvent affaire à des petites propriétés, avec chacun une façon différente de produire le vin. Oui, je caricature, mais c'esst pour donner les grandes lignes. Bon, cette information est-elle vraiment une information ? En général, les amateurs savent bien que le coeur du vin est en Toscane et dans le Piémont.
 
Voilà. Bon, si je m'amusais à deviner qui sont ces grands noms, ces grandes familles toscanes, ces grands classiques, qui mettrai-je ?
 
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Bon, comme toujours, il faut garder en tête que le name-dropping a ses limites...
 
 
 
 
 

vendredi, 15 février 2008

Le Pipotron de la dégustation

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Vous connaissiez sans doute le pipotron de la politique, l'excusotron, l'insultron, voici le pipotron de la dégustation. J'ai trouvé ça chez Château Loisel, un site sur le vin... C'est bien réussi, et ça correspond bien à ce que je souhaite éviter. Des exemples au pif :

"Il séduit par son nez somptueux, expressif, tout en nuances. La bouche apparaît pleine de volume, avec beaucoup de profondeur. Très prometteur."

"La robe est profonde et le nez de belle intensité, finement boisé, sans excès. L'attaque est souple et la bouche paraît admirable, développant un beau volume. Une belle réussite."

"Joli nez de noble expression, une belle expression de son appellation. La chair est délicieuse, la structure est longue et profonde. On ne se fait pas de souci pour son évolution."

"Doté d'une robe intense, ce vin présente un nez complexe, tout en nuances. L'attaque est souple et la bouche paraît plus dense qu'à l'habitude, développant un beau volume. Un vin ambitieux et plein. "

Vous avez lu des critiques oenologiques ? Souvent, c'est quand même ça. Au bout du compte, ça ne dit pas grand chose, c'est creux. Ce que je préfère, c'est la touche finale, qui donne cette fine impression d'une conclusion très "entre amateurs" pour finalement faire dans "l'assez creux". Parlons d'émotions, de plaisir, un tout petit peu moins de technique.

Allez, un petit dernier : "Joli nez assez explosif, dans lequel on sent la force aromatique. La bouche ravit le palais, fraîche, associant puissance et finesse. Un exemple pour son appellation." 

08:30 Publié dans Digressions | Lien permanent | Commentaires (4) | Tags : pipotron, humour

jeudi, 14 février 2008

Carlo Ferrini, Winemaker de l'année

Ah, ça assure, Winemaker, ça vous place un personnage. Déjà c'est dit en anglais, alors tout de suite, ça vous place au-dessus de la mêlée. Bref, cette année, Carlo Ferrini, un italien, comme ses nom et prénom l'indiquent, a gagné le titre envié de Winemaker de l'année. J'ai découvert en lisant mes fils RSS du Corriere del Vino. Sans vouloir présumer de votre connaissance de la langue transalpine vue de France, je tiens à vous dire que les précédents liens sont en italien... Mais je vais vous résumer tout cela.
 
Bon, la première question que je me pose en lisant cela, c'est : élu, certes, mais par qui ? Parce que moi, on ne m'a pas proposé de voter. Vous me direz que mon rayonnement dans le vin ne mérite pas qu'on fasse appel à moi. Et vous avez franchement raison. Cependant, cela m'intéresse quand même de savoir qui a voté, parce que dans le monde du vin, des classements, similaires mais différents, on en trouve ! Eh bien, en l'occurrence, ce sont des experts commandités par la revue Wine enthusiast. C'est une revue américaine sur le vin - non !!!!!! - qui a une certaine audience dans le monde. Moins que le Wine Spectator, toutefois.
 
 
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 Soit. D'ailleurs, ci-joint le palmarès complet des Wine Star Awards 2007 !!
 
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Le but de ma note n'est pas d'avoir un avis sur ce vote, il a eu lieu, il a sûrement toute sa légitimité et les gens qui ont fait ces choix s'y connaissent indéniablement et sans aucune fausse modestie beaucoup mieux que moi. Mais dans un permier temps, je voulais en profiter pour faire connaissance avec Carlo Ferrini.
 
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Ferrini est un toscan, né à Florence, très exactement, il y a de cela 54 ans. Voilà donc un homme qui a donc baigné dans le juste milieu dès le début, à n'en pas douter. Il a d'ailleurs fait des études d'agriculture, et juste après, il a été engagé auprès du Consorzio Vino Chianti Classico, le gardien du temple de l'appellation.
 
Il a tourné une dizaine d'années auprès des producteurs toscans pour leur apporter une expertise technique, et en a donc profité pour également apprendre de ces diverses expériences. Il a notamment beaucoup travaillé sur le cépage roi de la Toscane, le San Giovese, en créant les meilleurs clones possibles.
 
Puis, sous la dénomination "Chianti Classico 2000", il a développé son propre projet, visant à faire un énorme bond de qualité, toujours de cette appellation qu'est le Chianti Classico. Il travaille désormais pour divers producteurs dans toute l'Italie, du Nord, au Trento, par exemple, au sud, en Sicile notamment. Avec toujours un pied en Toscane, évidemment. Ses admirateurs disent de lui qu'il a su parfaitement bien marier la nouvelle technologie viti-vinicole et le respect des terroirs. Lui-même déclare : “è solo la vigna che fa un grande vino, il mio ruolo è tradurre, al massimo interpretare… ma poi nel bicchiere è sempre la terra che parla”.
C'est-à-dire : "c'est la vigne seule qui fait un grand vin, mon rôle est de traduire, au maximum d'interprêter... mais ensuite, dans le verre, c'est toujours la terre qui parle." A titre personnel, je ne doute aucunement de cela, mais qui ne le dirait pas. En fait, ils disent tous ça... Imaginez un mec qui dit : " la vigne, là, elle était dégueulasse, la maladie était dedans, mais je l'ai bien bricolée - attention, en toute légalité, hein !! - du coup, j'en ai tiré quelque chose de pas si mal".
 
Ne nous méprenons, pas, je ne préjuge pas du travail de Ferrini, je dis juste que ce genre de déclaration ne dit finalement pas grand chose.
 
Disons qu'au bout du compte, Ferrini fait indéniablement des bons vins, mais il sait les habiller pour leur donner une belle commerciabilité. A noter que parmi les producteurs que j'ai pu évoquer, je sais qu'il a travaillé avec Poliziano et Fonterutoli.
 
94db8a0fff7840b7380f0b0cbba6d8fa.jpgUn grand critique des vins italiens, Franco Ziliani, dans son blog Vino al Vino est clairement plus critique que moi. Il évoque souvent le travail de Ferrini, et rarement avec une grande tendresse : "basta dire chi sia l’enologo, il baffuto Carlo Ferrini ..., che rappresenta quella new wave modernista che a mio avviso sta gravemente intaccando l’identità e la credibilità, anche se non l’apprezzamento, da parte dei Wine Spectator..."
 
Dans la langue de Molière, cela fait à peu près : " il suffit de dire qui a été l'oenologue, le moustachu Carlo Ferrini... qui représente cette new wave moderniste qui, à mon avis, est en train d'entâcher gravement l'identité et la crédibilité, même si cela n'entâche pas l'appréciation de la part du Wine Spectator...". Non, il n'y a pas de montage de mots, je coupe pour rendre la phrase plus compréhensible.
 
Bon, tout ça pour dire que, dans le vin italien, comme dans le vin français, comme dans le vin du monde entier, ne vous jetez pas forcément sur les classements, sauf si votre but est de faire de la spéculation. Goûtez... 
 
 

 
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